Les deux garçons

Il y a ces multitudes de photos qui jalonnent une vie, et qui sont éparpillées dans les portefeuilles, dans les tiroirs et dans les albums… et puis elles jaunissent, les boites sont jetées jusqu’à ce que l’oubli et l’indifférence s’installent définitivement… Aucune de ces images, prise séparément, n’a de sens, et par conséquent d’existence, sauf à se trouver reliées les unes aux autres, comme l’ont été les instants dont elles témoignent.

Ce recueil des photographies que j’ai prises de mes petits-enfants vise précisément à corriger cet état de fait, Il s’agit d’une centaine d’images choisies parmi le millier de clichés que j’ai accumulés au cours de la vingtaine d’occasions où nous nous sommes rencontrés depuis pratiquement le jour de leur naissance jusqu’à ce qu’ils deviennent des « teenagers » d’une douzaine d’années. Il s’agit d’Edgard, né le 30 Mai 2005 et d’Hector né, lui, le 26 Octobre 2006.

Ces photographies se présentent dans une succession chronologique rigoureuses et documentée, qui a pour effet, lorsqu’on feuillette les pages de l’ouvrage, de suivre la transformation de leurs visages, de leurs regards et de leurs attitudes qui rappelle à bien des égards les films qui montrent en accéléré la croissance d’une plante ou l’éclosion d’une fleur.

Cette approche chronologique montre ces enfants s’épanouir et se livrer aux activités les plus diverses dans les environnements les plus variés. Plutôt que de donner le sentiment d’une multiplicité de séances de photos posées se succédant les unes aux autres, cela résulte dans une sorte de série de petits reportages sur les diverses activités auxquelles les garçons se sont livrés pendant les années de leur enfance : le jeu, la promenade, le vélo, la nage, la vie de famille, le tennis, le rugby, la moto, le bateau, etc…

Que veut encore dire « Album de famille » à une époque ou ça mitraille de tous les côtés, avec une prédilection pour le téléphone portable ? Ce tsunami d’images permettra-t-il de constituer de véritables « albums » ? La question reste posée.

Pourtant, cette pléthore de souvenirs enfouis sitôt que révélés, ne saurait se substituer, ou même faire disparaitre, le rôle que continuera de jouer la photographie dans la représentation des gens.

Afin de mieux ancrer la petite douzaine d’années de ces deux enfants dans la succession familiale, j’ai choisi de représenter en couverture leur bisaïeule, Elise Pommier, l’arrière-grand-mère d’Olivier, leur père, de même que, dans le texte, leurs parents et leurs grands-parents paternels, tout en regrettant de ne pas avoir disposé de documents similaires portant sur leurs grands-parents maternels.

Toutes les photos de ce recueil ont été prises en numérique, c’est-à-dire en couleurs et pourtant, de toute évidence pour moi, elles devaient être représentées en noir-et-blanc.

En effet, depuis cent cinquante ans, les albums de famille ont toujours été en blanc-et-noir, qu’il s’agisse de jeunes conscrits au regard martial ou de jeunes mariés au regard perdu. Je me souviens que les premières photos qui m’aient fait rêver, c’était à l’école communale dans mon livre de géographie Galoudec et Maurette ou elles étaient toujours en noir et blanc ou, à la rigueur, en sépia ou monochrome…

C’est en noir-et-blanc, qu’il s’agisse de paysages de constructions ou de visages, que le graphisme s’impose sans que le regard soit distrait par la couleur. Cela est particulièrement vrai de la photographie de gosses qui sont habituellement vêtus et entourés d’objets aux couleurs criardes qui détournent l’attention par rapport à ce qui est vraiment essentiel : le regard de l’enfant.

 Le noir-et-blanc est une autre espèce de photographie que la photo en couleur, plus fidèle à la réalité diront les uns, raccrocheuse diront les autres. De fait, jamais personne n’a confondu la gravure avec l’aquarelle.