PAS SI BÊTES !

La première chose que l’homme ait représentée sur les parois des cavernes qu’il habitait, il y a une vingtaine ou une quarantaine de milliers d’années, était les bestioles qui déambulaient alentour…Et pourtant, il aurait pu dessiner des femmes nues ou des paysages familiers, mais il s’est entêté à dessiner des bêtes et cela dans les endroits et aux périodes les plus éloignés les uns des autres….

Ce que l’enfant dessine le plus volontiers, après avoir représenté sa maison et ses parents, ce sont les animaux qui sont autour de lui, ou qu’il aperçoit en se promenant.  D’ailleurs le « nounours » de peluche est l’archétype des jouets dont l’enfant aime s’entourer de jour comme de nuit. Lorsqu’il grandira, les jouets représentant des animaux l’accompagneront pendant toute l’enfance, soit pour jouer avec, soit pour lui tenir compagnie.

Il n’y a pas que l’enfant qui aime s’entourer d’objets représentant des animaux : on a coutume d’accumuler dans la maison toutes sortes de bibelots sur le thème de la bête, que ce soit sur le mode naïf, kitch ou à prétention artistique.

Toutes les matières sont mises à contribution dans la fabrication des animaux destinés aux enfants comme aux adultes, depuis les plus immédiatement disponibles, comme le bois, le fer, la terre cuite, le papier mâché, le son, les chiffons, le celluloïd et la vannerie, et jusqu’aux plus sophistiquées, comme le marbre, l’ivoire et la porcelaine… Sans compter les lapins de chocolat et les ours de pain d’épice…

Toutes les espèces sont représentées, avec une préférence pour les mammifères, bien entendu, plus proches de l’homme : le chien et le chat pour leur gentillesse, le cheval pour son élégance, la vache pour sa placidité et le singe pour ses grimaces, mais aussi les oiseaux qui font rêver, dont la poule, le coq et le poulet qui ont une place bien établie dans le panthéon des animaux dont on aime s’entourer. La liste ne s’arrête pas là : les reptiles, les batraciens et les insectes sont également aussi fréquemment représentés…

Le goût pour la représentation des animaux est universel ; il se retrouve dans le monde entier, chaque peuple et chaque culture a ses animaux favoris du fait de sa religion et de son histoire…comme le coq Français, le bulldog Anglais et l’ours Russe… sans compter les personnages de Walt Disney qui ont traversé les continents et les générations…

Dans notre rapport aux animaux, nous nous distribuons entre ceux qui s’émerveillent de ce que nous avons de commun avec eux et ceux qui se rassurent en insistant sur ce qui nous en différencie. Les travaux innombrables des éthologues mettent en évidence la similitude de l’intelligence, des émotions et des sentiments des bêtes avec les nôtres, qu’il s’agisse de primates, d’orques, de poulpes et de toutes sortes d’autres bestioles.

Pour nous convaincre de la proximité des animaux, il suffit de les observer s’étirer, bâiller et dormir les poings sur les yeux pour réaliser que nos ancêtres communs se trouvent à un jet de pierre de nous, et pas seulement les chats et les chiens qui ont eu le temps de nous observer, puisque leurs cousins sauvages font de même…

 D’ailleurs les analogies ne se limitent pas à ces comportements : Les chats et les chiens s’éloignent la queue entre les jambes d’un air coupable lorsqu’on leur reproche d’une grosse voix d’avoir fait quelque chose d’interdit : Ils ont donc la notion du Bien et du Mal, vertu essentielle pour élever un bon chrétien…

On parle beaucoup de ce que l’évolution a octroyé à l’homme : la parole et l’écriture par exemple, dont la bête ne dispose pas, et qui nous permettent de transmettre tant de belles choses, et aussi, tant de bêtises. Et si on parlait de ce que les animaux savent faire, et dont l’homme est incapable ? des animaux voyageurs, par exemple, qui crapahutent d’un bout à l’autre des continents, que ce soient les oiseaux migrateurs, les bisons, les caribous, les poissons et les tortues, et cela sans boussole, sans sextant ni autre GPS. N’ont-ils pas acquis une capacité qui manque aux hommes, et l’Histoire nous le montre bien ! celle de savoir se diriger ?

En définitive, il s’agit de reconnaitre que nos proches cousins, les bêtes, ont eu le malheur, ou la sagesse, d’évoluer dans des directions différentes des nôtres.

Pour certains, l’existence des bêtes serait même la preuve de l’inexistence de Dieu : En effet, comment imaginer, bien que l’univers soit en constante expansion, qu’au jour du Jugement Dernier, il puisse y avoir assez de place à la droite du Seigneur pour tous les dinosaures, les vaches, les cochons, les grenouilles, les lombrics et les araignées qui se sont succédés sur cette terre depuis le jour de sa création ?

Pourquoi les animaux nous fascinent-ils ? Bien entendu, le foisonnement délirant de leur diversité, sur terre, dans l’eau et dans les airs ne peut laisser personne indifférent, mais la multiplicité et l’intensité des sentiments qu’ils nous inspirent sont peut-être décisives : l’attendrissement ou la terreur qu’ils peuvent inspirer, leur élégance et leur beauté, la proximité de leurs comportements avec les nôtres sont autant de raisons de cette fascination.

Enfin, il ne faudrait pas imaginer qu’il s’agisse, ici, d’une tentative de typologie des représentations que l’homme se fait des animaux : Celles-ci sont si foisonnantes, et pour l’essentiel, disparues, que nous devrons nous contenter de cette infime partie émergée de l’iceberg qui est en train de fondre sous nos pieds sans que nous y prenions garde.

Et tout cela nous permet de conclure qu’en définitive, les animaux ne sont pas si bêtes !