Chemin faisant

 

 

                                                                          146 pages, 24×29 cm.

Année de publication : 2009

130 photographies b&n

Sujet : Voyage nostalgique dans les contrées visitées en Amérique, en Afrique et en Europe dans les années ‘60 et ‘70. Il s’agit, ici, du premier recueil de photographies que j’aie conçu à propos, essentiellement, de photos prises au cours de séjours en Amérique Latine et en Afrique du Nord ; il était donc logique de conserver les quelques ligne d’introduction écrites alors.

Grenier a grain, Tunisie,1975
Grenier a grain, Tunisie,1975

Il est banal de dire que la vie peut se comparer à un chemin, et pourtant, il s’agit là d’une image familière car, chemin faisant, les paysages que nous traversons et les visages que nous rencontrons laissent autant d’images et de souvenirs qui, avec le recul, seront autant de repères du « chemin » parcouru…

Bapteme, Santos, Bresil. 1970
Bapteme, Santos, Bresil. 1970

C’est la succession de ces images, leur articulation, leur intrication les unes aux autres, qui génèrent la trame de la vie de chacun. En même temps, chacune de ces images, qu’elle soit écrite, peinte ou photographiée, sera laissée derrière soi comme témoignage de ce qui a été pour ceux qui viendront après nous.

Sao Paulo, Bresil, 1970
Sao Paulo, Bresil, 1970

La diversité des images de ce recueil tient au fait d’avoir été associé, ma vie durant, à des organisations liées au développement rural dans différent pays du monde. C’est ce qui m’a permis de faire des séjours répétés et prolongés dans les différent lieux où j’ai vécu. En fait, cela présente  I’ avantage de la continuité par rapport à la situation du photojournaliste  professionnel. En effet, alors que celui ci se trouve sous la pression constante des événements, et doit à tout moment passer d’un « assignement » à un autre, j’ai pu observer sans contrainte le déroulement des choses sur plusieurs années comme, par exemple, le déploiement, puis le saccage, de I’Unité Populaire au Chili, et maintenir des relations de confiance et de complicité avec les communautés des « favelas » brésiliennes et des « campements » chiliens où je pouvais retourner, périodiquement, à plusieurs mois d’intervalle.

Minas Gerai, Bresil.1969
Minas Gerai, Bresil.1969

Ce qui frappe en observant les indiens de l’altiplano, les berbères du djebel ou les descendants d’esclaves du Nordeste brésilien, c’est l’universalité, et non la différence.

L’attendrissement de la mère qui regarde son enfant, le mélange de résignation et de détermination du travailleur, I’exaltation du manifestant, sont de même nature, quel que soit le pays qu’il habite, ou la communauté à laquelle il appartient. C’est ainsi que la chapelle romane incite au même recueillement que la mosquée villageoise. On retrouve la même imploration religieuse dans le regard du pèlerin catholique que sur le visage du participant d’une célébration de « candomblé » où lémanja est à la fois sirène et Vierge Marie.

Cette permanence apparaît de manière encore plus évidente avec un recul de quelquesdécennies, comme c’est le cas ici. Voilà la raison pour laquelle les photographies de ce recueil ont été articulées autour de quelques thèmes universels, plutôt que présentées en séquences géographiques ou chronologiques.

Marabout de Chenini, sud Tunisien, 1975
Marabout de Chenini, sud Tunisien, 1975

La photographe Maureen Bisilliat qui m’a enseigné les rudiments de son art au Brésil dans les années soixante, a toujours privilégié la lumière par rapport à tout autre chose, et son enseignement m’a profondément marqué.

Vieil homme sur un sentier, sud Tunisien, 1975
Vieil homme sur un sentier, sud Tunisien, 1975

Cela dit, dans les années soixante et soixante dix, le vent de révolte qui soufflait de toute part incitait plutôt à dénoncer la misère et à glorifier le mouvement. C’est probablement la raison pour laquelle, tout en attachant beaucoup d’attention à la lumière, les photos de cette période sont centrées sur l’homme et sur la femme. A partir des années quatre-vingt, cependant, un certain désenchantement politique associé a la montée de la conscience écologique expliquent sans doute l’attention portée à la nature: roches, végétation, abstractions lumineuses, qui se prêtent particulièrement bien aux préceptes de Maureen Bisilliat.

Eglise Cistertienne du Thoronet, 1995
146 pages, 24×29 cm.Eglise Cistertienne du Thoronet, 1995

Il se trouve que la première et la dernière photographies de ce recueil représentent, toutes deux, une porte et une fenêtre. Que la porte invite l’étranger à visiter les étapes de ce cheminement, et que la fenêtre laisse pénétrer la lumière sur les images qui les illustrent.