Puro Pueblo II

 

File0001Photografien von John M. Hall und
Michael Ruetz. Deutscher Kustverlag
144 pages 16×24 cm. (Allemand),
Annee de publication: 2013
75 photographies, b&n.

Sujet: catalogue de l’exposition du Willy-
Brandt-House, Berlin, aout-septembre 2013. Puro Pueblo.02, car il s’agit d’un recueil conçu très longtemps après le précédent, par Gisela Kayser, Commissaire de l’exposition organisée au siège du Parti Social Démocrate à Berlin en 2013 . Rien ne semblait mieux convenir pour accompagner ces images que le texte de langue allemande d’Antonio Skarmeta (déjà cité) à l’occasion d’une exposition similaire à l’Ambassade du Chili à Berlin en 2003.

Salvador Allende au Stade National, 1973
Salvador Allende au Stade National, 1973

Entre 1970 et 1973, le Chili a vécu une période intensément originale de son histoire. Pour la première fois, un président qui se reconnaissait marxiste, soutenu essentiellement par les partis de gauche, triomphait aux élections présidentielles du mois de septembre. Le candidat qui l’emportait s’appelait Salvador Allende, et il promettait d’emprunter la voie pacifique vers un socialisme démocratique.

Partisans du Senateur Socialiste Altamirano.
Partisans du Senateur Socialiste Altamirano.

Son message avait conquis les foules. Il est une erreur fréquente, que l’on n’a pas encore suffisamment corrigée, selon laquelle le gouvernement d’Allende était communiste. Il s’agit là d’une vision étroite que tout démocrate européen pourra fort bien comprendre. Les hommes et les femmes qui soutinrent le nouveau président étaient des communistes, des socialistes, des centristes, des chrétiens, des hippies, des indépendants et des jeunes qui n’avaient d’autre engagement militant que leurs rêves de justice.

Les employes du Syndicat de l'usine "El Volcan"
Les employes du Syndicat de l’usine « El Volcan »

Il ne convient pas vraiment dans l’introduction d’un album de photographies de revenir sur l’analyse des causes de l’échec de ce gouvernement. Les responsabilités spécifiques de la coalition au pouvoir, et les non moins puissantes responsabilités étrangères recensées dans les actes du Sénat des Etats-Unis, ont été exposées dans nombre de livres et de documents. Néanmoins, personne ne peut très clairement expliquer pourquoi ce processus qui n’a duré qu’un millier de jours dans un pays éloigné a pu focaliser l’attention du monde occidental, et partiellement des autres continents, et ce, jusqu’à maintenant.

Un manifestant porteur de banderolle.
Un manifestant porteur de banderolle.

L’engagement et les efforts d’Allende séduisaient parce que les changements s’effectueraient en toute liberté et dans le cadre d’une constitution démocratiquement instituée. Au Chili, la majorité des gens qui soutenaient Allende n’avaient aucune sympathie pour les régimes autoritaires des pays du « socialisme réel », et si c’était cela que le candidat Allende leur avait proposé, il n’aurait pas obtenu les voix qui lui ont permis d’être élu.

Militante du "Campement "Che Guevarra.
Militante du « Campement « Che Guevarra.

Peut-être Allende réussit-il tant bien que mal dans son entreprise, mais il n’a en rien échoué dans la défense de la liberté de tous, partisans et opposants, à tel point que certains observateurs étrangers estimaient qu’à l’occasion, la liberté dérivait en libertinage. De plus, le chemin qu’il emprunta fut pacifique. La violence vint d’ailleurs et commença exactement quelques jours avant qu’Allende n’assumât la direction du gouvernement, lorsque des groupes terroristes d’extrême droite assassinèrent le commandant en chef de l’armée, René Schneider, dans l’espoir de déclencher un chaos qui eût empêché le candidat élu d’accéder au palais présidentiel.

Yankis, cyniques et voleurs ! vous n'etes plus les patrons !
Yankis, cyniques et voleurs ! vous n’etes plus les patrons !

Pendant les trente et quelques mois du gouvernement d’Unité Populaire, les gens se sentirent maîtres de la rue et porteurs d’espoir. Le peuple s’exprima hors du cadre organisé d’idées ou de philosophies révolutionnaires. Ce fut l’expansion simple et naturelle de sa joie devant le changement, et l’émotion de partager ces aspirations avec des centaines de milliers d’autres. Les masses qui soutenaient Allende étaient constituées de personnes qui rencontraient et subissaient de vrais problèmes, mais qui n’étaient pas des fanatiques endoctrinés et qui ne connaissaient du marxisme-léninisme que quelques consignes clamées à toute occasion avec un bonheur ludique. Un tel tempérament débordait, et parfois surprenait les chefs de file et les dirigeants qui disposaient, eux, d’une culture politique.

Allende ! Le peuple te defend !!!
Allende ! Le peuple te defend !!!

Tout naturellement, cette manifestation massive de vie se produisit dans la rue. Chaque fois que surgissait un problème provoqué par la droite, les patrons, les commerçants, qui se montraient menaçants ou se servaient de la grève ou du marché noir pour protéger leurs intérêts, le peuple descendait dans la rue pour manifester. Le spectacle se préparait avec le même enthousiasme que celui d’enfants invités à une fête d’anniversaire. C.60252Et en fait, tout cela parut un jeu innocent jusqu’au moment où la terreur montra son vrai visage.